cogitation

Matta: La Puissance du Désordre (1965)

Une affaire de jouets.

Dans le grenier de mon enfance, j’ouvre la malle de mes jouets. Ma mémoire intègre de suite des brides de souvenirs qui s’épanchent dans mon corps, aux frissons d’élever une fièvre d’enfant.

Je me vois courir, trébucher, pleurer, genoux déchirés pour récupérer cette voiture plastique bleue et rouge, enlevée brutalement par les mains d’un envieux.

Je feuillette ce cahier. Que l’écriture est chaotique ! Les lettres danses sur les lignes trop rigides. Je souris. Je reste dans mon attitude : irrégulier. Rien ne résiste au désordonné. Si, peut-être : la régularité de cet état. Ce qui est, en soi, rassurant ; j’assume dans la continuité cette trame sur les pages de ma vie. Un genre de canevas indémodable. Pourquoi changer ?

J’ai subit les affres des inconditionnels de l’ordre, de la logique, du bien rangé par éducation. Et eux, où sont-ils ? Dans un placard du quotidien de l’ordre. Ils aiment ce quotidien. Cependant, ils veulent prouver que le mode : ORDRE est inhérent à toute construction, dite raisonnable. Et alors ? Je construis mon désordre selon mon ordre à moi. Je me reconnais et je ne viens pas poser mes avis de désapprobations sur l’ordre des autres, je n’ai pas envie de finir dans l’architecture rigoriste d’un étalagiste qui pose les pommes avec les pommes, les pêches avec les pêches. J’aime le cocktail. Cette ensemble communique des valeurs. Si je commence à défendre ma cause, ceux de l’ORDRE vont s’appliquer à se protéger et à condamner mon éminent DÉSORDRE. C’est dire si les opposés font tourner notre planète et notre langue pour pas grand chose, bien souvent.

De là, vient la Liberté de concevoir et mettre en place sa vie, sans trop déranger l’autre qui aura toujours cette tendance, à n’apprécier que vaguement votre éducation, si cette dernière n’a pas les mêmes supports, que la sienne.

Vivre en cohésion est une guerre permanente qui ne fait pas autant de victimes qu’un 11 septembre, bien que. Ses terroristes sont des silences accusateurs, des mots dits d’oreille en oreille, peur de dévoiler ouvertement des comportement qui ne correspondent pas à la NORME.

Êtes-vous Normal ? Êtes-vous libre d’être Anormal ? Des conflits s’ouvrent. Des idées de changer l’autre se mettent en place. Devra-t-il céder ? Il devient ennemi. Il est parasite. Il est l’indésirable. Il refuse l’ingérence ? Il sera condamné. Il se défend ? Il sera exécuté. J’exagère cette pensée ? Possible.

Possible aussi que vous avez êtes spectateur, passif, comme le téléspectateur devant une émission débile, outrageante, et vous bavez d’un désir de voir se répandre le sang, pour le seul plaisir de votre plaisir de jouir d’une immunité imperméable. Vous n’êtes pas partie prenante, non, vous êtes un goinfre atteint de la maladie du parasite passif, de ce tueur qui suit l’ORDRE des choses que l’on vous impose, passivement, quotidiennement. Et même si vous vous offusquez, c’est pour la forme, un sursaut de compassion, une vibration qui s’éteint aussitôt. Vous êtes ce juge et vous votez par l’entremise d’une petit bouton de télécommande, un appel téléphonique, un e-mail, vous êtes le provocateur d’une destinée, celle de l’autre qui veut vivre dans son DÉSORDRE.

Copyright 2004 Max-Louis MARCETTEAU

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