Où l’Instant, rit ou rire d’un Instant
- Et, l’Instant !
- Oui ?
- Je suis le Rire !
- Ah.
- Oui ! Regarde comme je suis beau !
- Hum.
- Dis-moi, tu m’as l’air tristounet ?
- J’ai perdu mes clés !
- Tes clés ?
- Oui, mes clés !
- Et, . . . il y a longtemps ?
- Depuis un moment déjà.
- Ah ! Elles sont de quelle couleur, tes clés ?
- Rose fuchsia.
- Rose fuchsia ?
- Oui, rose fuchsia !
- Étrange ! Tu as des clés, toi, l’Instant. ?
- Oui, j’ai des clés ! Ne vois-tu pas, tout autour de toi que le monde vient de s’arrêter ?
- Euh.. . . ! Oui, effectivement. Mais, je ne vois pas le rapport.
- Toi, le Rire, tu n’as pas à te tracasser de clés. Tu vis comme bon te semble. Moi, j’ai des clés que je dois remettre à l’Instant suivant pour que le Temps puisse avancer. Ne vois-tu pas le Temps tourner dans le vide, là, maintenant ?
- C’est-à-dire que je n’ai pas de notion de Temps, vois-tu. Je me rends bien compte à présent que le monde est immobile, qu’aucun être ne rit, qu’aucune feuille ne frisonne de rire, que même le vent rieur est silencieux. Je me demande d’ailleurs, si je suis bien capable de rire. Tiens, l’Instant, essaye de me faire rire pour voir.
- Aide-moi au lieu de ne penser qu’à te dévergonder les vocales !
- . . .
- Alors ? Tu m’aides oui ou non ?
- Je n’arrive plus à rire ! J’aurai dû m’esclaffer à ton propos. Et, là, rien ! Mais alors, rien de rien !
- Écoute, je ne suis n’y clown, ni comique et d’ailleurs, je ne tiens pas à changer d’emploi et si tu n’as pas rit, dis-toi bien que c’est normal.
- Normal, pour toi ! Pour moi, c’est nouveau.
- Bon alors, tu m’aides ?
- Tu les as perdu où, tes fameuses clés ?
- Tu as l’intention de me faire rire ? Si je savais où je les avais perdu, je n’aurai pas besoin de les chercher ! Réfléchi !
- Réfléchir ? Hum ! En tout cas, je me demande si, toi, l’Instant, tu riais ?
- Tu vois, tu sais réfléchir. Mais, là n’est pas la question, aide-moi. Nous perdons du Temps !
- Nous pouvons perdre du Temps ? Étrange. Et, sais-tu combien de Temps, tu cherches tes clés ?
- Aucune idée. Un Instant, ne se pose pas la question du Temps, il est dans le Temps.
- Ah, oui ! J’oubliais !
- Aide-moi, au lieu de me faire perdre du temps dans une discussion qui n’a pas lieu d’être !
- Te souviens-tu à quel instant, tu les as vu pour la dernière fois ?
- . . .
- Pourquoi me regardes-tu ainsi ?
- Franchement, tu n’aurais pas décidé par hasard, de me faire rire, dis-moi ? Tu sais bien qu’un Instant n’a qu’une mémoire d’un instant. Comment veux-tu que je me souvienne ! J’ai pris les clés de l’Instant précédent et je les ai accroché juste le temps de les redonner à l’Instant suivant . . . . Suis-je bête ! Suis-je bête ! Je ne les ai pas perdu ! Parce que, parce que, . . . je les ai donné !
- Tu entends, tu ries. Tu es beau, quand tu ries.
- Mais alors, pourquoi le Temps tourne dans le vide, là, maintenant ?
- Parce que l’Instant suivant, cherche ses clés, diantre ! Et tant qu’il n’aura pas compris qu’il les a passé à l’autre Instant suivant, le Temps tournera dans le vide un certain . . . temps !
- Quelle blague ! Que je ris . . . . . !
Épilogue : on comprend mieux, pourquoi le Temps est détraqué, depuis un temps . . . certain !
©Max-Louis MARCETTEAU 2008
